PARLER AUX ARBRES. Et à qui d’autre s’adresser quand plus personne ne vous écoute ?

photo : Ann Cantat Corsini

LA RUE. Votre livre « Parce que les arbres marchent » évoque une symbolique forte, l’idée de se tenir debout, de se mettre en mouvement, communiquer avec les plantes, vous adresser aux arbres. Une idée dans l’air du temps. Ainsi vous parlez la langue des arbres ? 

Thézame Barrême.  Parler aux arbres. Et à qui d’autre s’adresser quand personne ne vous écoute ? Que personne ne répond à vos appels au secours. Inventer une langue au delà du silence. Volontaire ou pas, ce qui  est sûr c’est que ce n’est pas pour suivre la mode que je me suis accrochée aux arbres. C’est simplement que je n’ai pas pu, su faire autrement. Faire appel aux arbres, à la nature, celle qui m’a tenue debout dans mon enfance, pour moi, c’est comme faire appel à la littérature, au récit, à la chanson, à la musique, à la poésie. Décoller du réel, décaler le langage. Trouver l’élégance de rester en vie. L’extravagance. Pas d’autre choix parfois. Les limites de notre monde, de notre pensée sont les limites de notre langage. Demander aux arbres et aux plantes où va le monde ma toujours semblé « naturel ». Les arbres et les plantes étaient là avant nous. C’est aux arbres que nous devons notre monde, ils ont créé notre oxygène. Ce sont eux qui nous ont fait. Aussi, ils ont un droit de regard sur la façon dont on respire. Sur notre avenir. Sur la façon dont nous rêvons notre avenir. A coeur et à pleurs et à cris. Et à sourires aussi. Quoi de mieux parler le langage des arbres quand on veut changer d’air ? Savoir ce qu’il en est de la vie, de la mort, de l’amour, du partage, du courage. De la violence faite aux herbes fragiles. Fragilisées un temps. Tout le temps. Ces herbes que l’on dit folles pour ne pas se sentir obligés d’interroger la lumière. Pas si folles les folles. Non pas vraiment.

LA RUE. Vous avez dit quelque part que votre livre « Parce que les arbres marchent » est une sorte de « manifeste ». À la fois un cri d’amour et une lettre de révolte face aux violences sociales et familiales faite aux femmes et aux enfants. Il est paru aux Éditions Moires en 2016, c’est à dire un peu en avance par rapport mouvement #metoo et #balancetonporc. Y-a-t-il un lien avec ce mouvement ? Ne pensez-vous pas que ce mouvement réactive la guerre des sexes ? Qu’il va un peu trop loin ?

 
Thézame Barrême. « Parce que les arbres marchent » n’est pas un livre en avance. C’est simplement un livre dans l’air du temps en lien, en effet avec la révolution #metoo. Les femmes parlent et continuent de parler. Et enfin on les écoute. Ce qui est un fait historique, comme mai 68 il y a 50 ans en France. Sauf qu’aujourd’hui le mouvement est mondial. International. Une immense appel « au secours » ! Je tiens à le dire. Bien davantage qu’une volonté de régler ses comptes. Ou un pseudo effet pervers du puritanisme américain. On a accusé les femmes ne pas être élégantes en « balançant des porcs ». C’est ce que les violents font qui n’est pas élégant. Il fallait frapper un grand coup, que la honte change de camp. Pour la honte glisse sur nous, au lieu de se terrer en nous. En balançant les violents, nous avons redonné de la dignité aux hommes qui se soucient du « quand dira-t-elle ». Il y a encore beaucoup à faire pour l’égalité entre hommes et femmes. Le chemin est long mais nous y arriverons. Libérer les femmes pour de bon. Reconnaître leur travail, leur salaire, leur parole pour que leur corps ne soit pas la seule monnaie d’échange. Que chacun, chacune puisse jouir dignement de son corps, de ses désirs, de son courage et de ses capacités à construire un monde meilleur, voilà l’avenir. Je ne vois pas en quoi cela « réactiverait » la guerre des sexes qui existe depuis la nuit des temps. Au contraire, pour moi c’est aller vers la signature d’un traité de paix durable, équitable, inéluctable. La route est longue. Mais la route est là. Paris, le 8 mars 2018
 
 

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